Auteur/autrice : andrea

  • La note du jour

    La note du jour

    Tous les jours, mon corps fabrique des millions de spermatozoïdes. Plusieurs fois par seconde, mon cœur bat. Un tiers de ma vie, souvent la nuit, je perds conscience. À chaque instant, mes viscères transforment la matière. Pendant les deux tiers de ma vie, j’analyse mon environnement. Certaines choses restent, d’autres se cachent et le reste disparaît.

    Mon plus vieux souvenir est un traumatisme. Il doit dater de la fin du printemps ou de l’été 66, ou peut-être 67. Avec mes parents, nous habitions, je pense, à Échevronne en Côte-d’Or. J’ai 5 ou 6 ans, je ne sais pas. Je joue à sauter depuis les marches du perron, je pense être assez content d’y arriver. Ma sœur doit avoir deux ans ou trois ans et demi.

    De deux choses l’une : ou elle me voit faire et veut faire pareil que moi – à cet âge, les enfants veulent reproduire ce qu’ils voient faire –, ou, pensant avoir compris la technique, je souhaite lui enseigner. Dans le second cas, c’est un échec traumatique, car cela s’est terminé dans le sang et les cris. Dans le premier, je lui dis qu’elle est trop petite – sans doute l’ai-je déjà entendu dire –, mais je cède. Dans tous les cas, il me semble me souvenir que je lui propose de commencer par la première marche, qui doit avoir, il me semble, entre 5 et 10 cm de haut. Mes souvenirs sont moins nets, mais il me semble que je lui tiens la main pour l’aider, bien qu’il ne soit pas impossible que je m’agace qu’elle ne comprenne pas.

    Toujours est-il qu’à un moment, au lieu de sauter verticalement, elle tombe à l’horizontale. Et là, j’ai un vide énorme. Je crois que j’ai paniqué, saturé, effacé ce moment. Je ne reprends conscience qu’aux cris de ma sœur, à qui le docteur local fait quelques points de suture, et je perçois la déception de mon père qui reste encore ancrée en moi, au point où j’en pleure en écrivant ces lignes. Désolé, mais voilà, ça s’est calmé.

    Je me souviens aussi d’une pierre avec des pointes et des creux, comme dans le gruyère ; ce type de pierre qui servait de bordure dans notre coin.

  • poésie d’avant : Médusé

    poésie d’avant : Médusé

    circa novembre 2022

    je vis dans un corps mort depuis longtemps
    une vie emplie d’envies inassouvies
    de besoin vitaux repoussés à la limite.
    oui, j’erre dans une vie vendue
    vendant mon temps et mon corps
    pour un resto, un film, un téléphone.
    je joue à des jeux qui me réconfortent
    et me bercent d’illusions, écrasent le temps
    inutile, factice, technologique, chimique.
    Telles des prostituées trop maquillées
    des vitrines luxuriantes me hèlent
    en reflétant mon teint blafard.
    Dans les rues urbaines
    j’erre pauvre héro, pauvre zéro,
    plein de tentations, de frustrations
    entretenues dans un équilibre délicat
    par des puissances inconnues,
    par des marionnettistes frustrés eux-mêmes
    qui nous transmettent subtilement
    leurs haines et leurs frustrations
    leurs peurs aveugles.
    ils nous guident lentement
    mais sûrement contre un mur lointain :
    pour l’instant ça va,
    merci

  • poésie d’avant : Cimetière

    poésie d’avant : Cimetière

    circa janvier 2019

    Je joue dans le cimetière
    Devant tes yeux de pierre
    J’ai dessiné à la craie
    Le parcours du vrai
    Il passe et repasse

    Mais jamais ne trépasse
    Mais jamais ne trépasse
    Mais jamais ne trépasse

    J’ai revêtu une cape de laine
    Qui me protège de la haine
    Je vois bien que tu détestes
    Que je joue avec les restes
    De ces âmes en délire
    Qui au son de ma lyre
    Échappent à un dieu

    Ne fait pas les gros yeux
    C’est ton corps
    En décomposition
    Dévoré par la terre
    La vie est infinie
    Brûle Brûle Brûle
    Et consume moi
    De haut en bas