Je ne vais gĂ©nĂ©ralement pas voir de comĂ©die, et cette fois-ci encore, je n’y suis pas allĂ© pour ça. Mais j’ai rarement passĂ© un aussi bon moment ; malgrĂ© tout, sous la lĂ©gĂšretĂ© apparente du film, le rĂ©alisateur Bong Joon Ho (B.J.H.) nous dit des choses.
Mickey, le personnage principal dĂ©jĂ , est un loser d’une patience infinie qui accepte lâinacceptable sans jamais se plaindre. Il semblerait mĂȘme qu’il accueille avec bienveillance cet inacceptable qui aiderait la communautĂ©. Je me suis demandĂ© si Mickey nâĂ©tait pas lâimage du spectateur, de lâAmĂ©ricain ou mĂȘme dâune humanitĂ©âŠ
Son copain, Timo, est-ce un hasard, est un comĂ©dien, corĂ©en comme le rĂ©alisateur. Il est un malin, voire mĂȘme un peu fourbe, et il se sort facilement des situations oĂč Mickey lui subit. Un inconscient rapport entre Occidentaux et Asiatiques ou plus prĂ©cisĂ©ment entre AmĂ©ricains et CorĂ©ens ?
Sa petite amie Nasha, une femme dâaction au tempĂ©rament fort, qui lâaime Ă la folie.
Kenneth MARSHALL est la caricature dâun Trump, dâun MUSK et dâun MUSSOLINI douĂ© dâun Ă©go surdimensionnĂ© que sa femme Ilfa et son majordome Preston maĂźtrisent facilement.
Dans ce film, le pouvoir est entre les mains dâun rĂ©publicain, un loser lui aussi mais riche, qui a perdu les Ă©lections. En bon rĂ©publicain amĂ©ricain, il accepte les dĂ©faites sans en assumer les responsabilitĂ©s. Au contraire, il a les moyens (cela aurait Ă©tĂ© intĂ©ressant de le savoir) et des rĂȘves plus que grandioses. Il a un cercle de fans qui adore ses fantaisies, son cĂŽtĂ© grand-guignol et est prĂȘt Ă le suivre jusquâau bout du monde et mĂȘme au-delĂ . Ce pouvoir a besoin de victimes obligĂ©es dâobĂ©ir comme Mickey, mais aussi comme lâensemble de lâĂ©quipage Ă qui il va imposer des restrictions essentielles, juste pour parvenir Ă ses fins expansionnistes. Il est amusant de voir que Mickey, la victime dĂ©signĂ©e du film, est la seule prĂ©sentĂ©e comme se fichant des restrictions, comme sâil avait conscience de son indispensabilitĂ©.
Jâai lâimpression que pour BJH, il nây a que deux types dâAmĂ©ricains : les fans stupides qui croient en un avenir meilleur et les autres, tous les autres qui sont bien obligĂ©s de suivre, et jâoubliais quelques personnes influentes, mais qui semblent hors sol et sans rĂ©el pouvoir.
Lâamour semble important pour le rĂ©alisateur, car il est trĂšs prĂ©sent dans le film. Il semble se moquer du rapport dominant-dominĂ© de Nasha et Mickey prĂ©sentĂ© comme une connivence improbable entre deux ĂȘtres qui sâacceptent dâun regard, le fort protĂ©geant le faible en le laissant libre de ses choix. Les deux devenant dâune jalousie maladive, mĂȘme si le fort accepte la nouveautĂ© et le risque avec un enthousiasme dĂ©concertant. Il se moque de cette situation, mais la prend suffisamment au sĂ©rieux pour que la complicitĂ© sexuelle nĂ©e de cet amour « at the first sight » qui les a unis leur permettra de sauver la vie de leur communautĂ©. Ă mettre en rapport avec lâautre « amour » du film entre Kenneth et Ilfa fait de duplicitĂ© et dâintĂ©rĂȘtâŠ
Je remarque que lâamour homosexuel doit ĂȘtre un sujet important pour BJH pour quâil apparaisse dans diverses scĂšnes du film : le couple Kai et Jennifer. Lors de la premiĂšre rencontre avec les autochtones de la planĂšte, une Ă©quipe dâexploration dont Jennifer et Mickey perd les pĂ©dales et le rĂ©alisateur dĂ©cide de sacrifier Jennifer, cette disparition valant une punition Ă Mickey de la part de Kenneth, punition qui aurait dĂ» prĂ©cipiter sa fin, mais qui sera Ă lâorigine de la survie de la communautĂ©. Elles sont prĂ©sentĂ©es comme des utĂ©rus purs pour le pouvoir qui ignore ou fait fin dâignorer leurs penchants sexuels. Penchants sexuels, au demeurant, pas si fermĂ©s que cela, car Kai ne refuserait pas une relation hĂ©tĂ©rosexuelle avec un Mickey pas vraiment considĂ©rĂ© comme un ĂȘtre humain, et encore plus quand elle sâaperçoit que cette relation devrait ĂȘtre secrĂšte. Dans la scĂšne de la fin, elle semble avoir dĂ©jĂ remplacĂ© Jennifer.
Les savants sont au mieux de rares gĂ©nies qui facilitent la communication, au pire et globalement, des expĂ©rimentateurs dignes des camps de concentration allemands, proches du pouvoir et sans respect aucun pour la vie humaine. Mais ayant le respect Ă tort dâune population qui leur fait confiance.
SĂ»r de sa force, et dans lâintention de sauver son amour, Nasha fait preuve dâun rĂ©alisme politique et social qui lui permet de dire ses vĂ©ritĂ©s au pouvoir en place. Celui-ci lui fait payer cher son insoumission, mais sadiquement, la garde en vie.
Les extra-terrestres en tardigrade, effrayants et sympas, sont une jolie trouvaille visuelle.
Mickey 17









