Vuillemin

27-05-2022

Hier et avant hier, j’ai parlé de ma première expérience théâtrale. Je me suis peut-être un peu emballé, peut-être que, sommes toutes, personnes ne c’est aperçu de rien. Je me suis souvenu après coup qu’une fois notre spectacle terminé, j’ai entendu depuis ma cachette dans les « greniers » du théâtre, que Joël était revenu sur scène et avait fait un ou deux rappels et avec succès, donc il n’est pas impossible qu’une majorité des spectateurs m’aient oublié ou en tous les cas n’aient pas été surpris de mon absence … Un peu d’humilité ne nuit pas : émoticône clin d’œil. 
Je ne sais plus pourquoi j’ai repensé à cette expérience. En tous les cas, j’en conclus qu’un contrat est un contrat et qu’il doit être honoré, sauf si les deux parties sont d’accord.
Il est des jours où il n’y a pas grand-chose à dire, ce soir ma Chérie rentre, enfin, elle me manque même si je suis content pour elle. La journée n’a pas eu grand intérêt et si parfois les mots viennent sur le clavier, je dois reconnaitre qu’aujourd’hui, c’est sec de chez sec.
Je devrai travailler mes photos, mais de la même façon que parfois, je suis pris de « boulimie » parfois, je suis pris d’une envie de procrastination, de ne rien faire. Même pas par fatigue. Juste rien. 
….Si, une petite chose, j’ai enfin terminé Berlin Alexanderplatz d’Alfred Döblin. Je vais essayer de vaincre ma nature et mon envie de ne rien faire en parlant de ce livre. Je l’ai rencontré dans le tout début des années quatre-vingt, je l’avais acheté comme livre de chevet pour mon service militaire à Villingen-Schwenningen. Je l’ai laissé à mon voisin de chambrée qui, bien que « distant » avec tous, me semblait « intéressant », j’ai oublié son nom. Dommage. Nous avions eu une perm pour aller voter et je n’en reviendrai que quatre mois plus tard après ma désertion et j’ai appris à ce moment-là qu’il avait été reformé, après s’être mis à nu sur une des places de la ville allemande. Qui sait peut-être que grâce à ce blog, je pourrai reprendre contact avec lui. En tous les cas, je ne sais plus pourquoi ce livre. À l’époque, je crois que je fréquentais, un peu les salles d’art et essai et donc Rainer Werner Fassbinder, qui aimait beaucoup ce livre. Toujours est-il que j’ai commencé à le lire à cette époque et que j’en avais un souvenir effroyable, mais pas repoussant. Mystérieux. Je savais ou plutôt je sentais que ce livre était important, mais qu’il me faudrait le déchiffrer. J’ai été tenté de le racheter plusieurs fois, mais … Toujours est-il que Fred et Simon l’avaient chez eux et qu’ils ont bien voulu me le prêter. Et donc je l’ai lu, avec difficulté je dois avouer, le style est « fragmenté », mais je me suis attaché à Franz Biberkopf et à sa relation avec son quartier cosmopolite. Une des difficultés venait de moi, et de ma stupidité : jusqu’à un tiers, la moitié du roman, j’ai été persuadé qu’il avait été édité en 1939 et je m’attendais inconsciemment à voir la montée du nazisme, sauf que force est de constater que vers 1927 où se déroule l’action ; le livre est sorti en 29, le nazisme était encore larvaire, au point qu’il n’y est fait quasiment aucune allusion. Une fois que je me suis débarrassé de cette attente, j’ai pu me plonger dans cette histoire sans plus rien en attendre de précis, comme il se doit de lire un roman. Et je dois avouer que cette ballade dans le Berlin d’entre deux guerres était fascinante, il y est question de chômage, d’arrêt de travail, de prostitution, d’amitié, de confiance, de trahison et à un moment même, on croise des communistes dont le discours ne pourrait être renié par notre Nathalie Arthaud, tellement le combat communiste de cette époque est encore contemporain. Bref, ce livre est ardu mais attirant, fascinant et je pense qu’il va me rester un bon moment.  j’ajoute  qu’un des écueils de ce genre de littérature, est que ce qui ne connaissent pas bien l’époque et le lieu ne peuvent que passer à coté d’éléments importants, mais pas forcement essentiels, du livre, et que c’est un sacré challenge de traducteur. Bravo. Chapeau. Merci à vous Zoya Motchane.

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25-05-2022

Hier, j’ai parlé de ma première expérience théâtrale, il y a plus de 40 ans. Je l’avais oubliée. Pour ma première, nous avions, à deux avec Joël Vuillemin, rempli le théâtre à l’Italienne de Beaune. Le spectacle était simple, Joël chantait ses chansons et je jouais des scénettes entre les chansons. Il n’avait pas besoin réellement de moi, mais comme beaucoup d’artiste, il avait besoin de ne pas être seul sur scène pour son premier spectacle. Je n’avais pas conscience de la solitude du créateur. Je n’avais aucune envie de faire quoi que ce soit pour moi, mais j’admirais, et encore aujourd’hui, les créateurs, mais j’ai mis longtemps à me rendre compte qu’ils étaient fragiles, il n’est pas si facile de s’exposer, ce sont ceux-là qui me plaisaient ; les fragiles. Mais j’ai souvent été disponible pour accompagner leurs projets quitte à me mettre en « danger » sans le savoir comme je l’ai expliqué hier. Je n’estime pas être un héros pour autant, car je l’ai fait sans en avoir conscience. Je ne l’ai pas fait pour avoir un retour non plus, mais parce que la plupart du temps, je respectais quelque chose de l’autre, une amitié, un talent, un charisme ou un, je ne sais quoi qui me plaisait et le retour, c’était d’être dans le même projet juste d’être dans le projet. Mais parfois ça ne marche pas, l’équilibre est rompu, comme avec les personnes qui te pompent plus qu’il ne te laisse leurs donner et ça ne peut pas marcher comme ça. C’est du vol et c’est parfois si intime que cela pourrait même être du viol. Ce jour-là, le jour du spectacle, j’ai osé faire une des pires choses qu’un artiste puisse faire à son public et surtout à son comparse : ne pas venir le saluer, le snober. Le spectacle est un concept simple. Une ou plusieurs personnes préparent un ensemble de choses, donne un rendez-vous pour la présenter, les personnes écoutent et remercient puis chacun s’en retourne. Quand on est seul sur scène, c’est plus simple, on ne risque pas de gêner l’autre avec ses erreurs, mais quand on est plusieurs, il est d’une importance capitale de respecter l’autre et de faire ce qui est convenu. Bien entendu, on peut convenir de ne convenir de rien, mais cela doit être décidé ensemble. Je ne me suis rendu compte qu’hier soir qu’en ne venant pas saluer, j’avais dû mettre Joël dans l’embarras, Joël et les spectateurs. Les spectateurs avaient respecté la convention, ils avaient écouté, ils avaient apprécié le spectacle jusqu’au bout, ils avaient droit à exprimer eux aussi, comme convenu incidemment, leurs satisfactions. Ce n’est pas bien grave me direz vous, et j’ai vécu d’ailleurs pendant quarante ans avec ca. Sauf que si cela n’est pas grave, qu’est ce qui est grave ? La mort ? La maladie ? Non, je vous assure, ne pas respecter le plus petit contrat est grave, certes il n’y a pas eu mort d’homme, mais je me rends compte que j’ai vécu la période qui a suivi sans me rendre compte que dans la ville où je vivais normalement, j’étais aux yeux de certains celui qui n’est pas venu saluer, qu’importe si j’avais bien joué ou non, je n’avais pas salué. Et qui plus est, j’ai peut-être gaspillé non seulement ma carrière, mais peut-être surtout celle de Joël. Je tiens donc à m’excuser aujourd’hui, auprès de tout ceux que j’ai pu blesser ce jour-là, je ne suis pas venu vous saluer pour les raisons évoquées hier, elles ne valent sans doute pas grand-chose, mais tout ce que j’ai pour m’excuser. Je crois que c’est ce qui me diffère des vrais artistes, eux connaissent votre mansuétude, eux savent que vous êtes gré que les artistes vous sortent du quotidien et quand je dis vous, je devrai dire nous. Même si à titre perso, je n’ai aucune envie d’être sorti de mon quotidien qui me satisfait.    

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